(TOME I Épisode 37 Nadrae Le Torkvar l’an 1251 Sombrepluie

L’An 1251, ce fut son retour en des lieux familiers, ces lieux dont il avait foulé chaque parcelle de ses pas sur divers sols, herbes, terres, sables, des paysages tous différents et pourtant, bien certains de ceux-là avait changé. Durant son périple, Otargr trouva de nouveaux compagnons à ses côtés : un homme assez jeune qui se prit d’affection pour le Nordique, à deux ils vécurent des aventures, parfois de sang, et d’autre fois de commerce. Souvent leur destination était la fameuse île de Jad, ces plaines de sables fins et la chaleur étouffante sous un soleil cuisant n’était pas toujours facile à vivre. Avec le temps, et les différentes raisons qui les menèrent ici en ce désert, Otargr et son bror (frère) firent une connaissance avec une femme, celle-ci de taille assez grande, une chevelure rousse et recouverte de peintures aux signes étrange, il s’agissait d’une « sauvage » comme nous les appelons par ici. Sur Gor, il sembla y avoir, sur le coup, comme une connexion affectueuse entre son frère et cette femme, certainement qu’ils se connaissaient ! C’est dans un long moment de réflexion qu’Otargr attendit le moment propice pour lui parler. Biensûr, le Nordique n’était pas un grand bavard sauf sur le long terme et encore, lorsqu’il se mettait à parler, c’était soit pour prévenir que le sang coulerait, soit, qu’il serait capable de briser une personne à sa manière. Voilà ce qu’il se passe lorsque l’on vit trop longtemps sans logis, et son frère savait qu’il finirait par devenir comme lui avec le temps.

La femme sauvage, elle, était plus précisément une Mamba, ce qu’elle représentait n’était pas facile à décrire car toute personne que l’on pouvait croiser en ce monde demeurait mystérieuse, et parfois, certains mourraient avec leur mystère. C’est ainsi que la Shamane rousse les regardait tous les deux. Son frère nommé Akhoris, oui car il avait bel et bien un nom, ce dernier esquissa un sourire à cette femme, Otargr lui adressa un sourire à son tour, à la femme et dans son langage natal  lui répondit « Jeg vil være glad i å se om hunden din er best skjerpet tungen » (français : Je serais curieux de voir si votre lame est mieux aiguisée que votre langue ) dit-il dans une voix rauque mais taquine aussi, ses mains venant se croiser à son poitrail tandis qu’il la regarde en se disant qu’elle ne saura jamais ce qu’il a pu lui dire.

La Shamane se mit à sourire et déclara en toute franchise « Le fameux langage nordique ! Je n’ai pas eu le temps de me pencher sur cela ! Enfin je veux dire, que je n’ai pas encore trouvé bon professeur nordique pour apprendre. ». Son frère Akhoris lui, haussa les épaules n’ayant pas compris ce que son frère venait de dire et il regarda à nouveau la rousse se demandant si elle l’avait entendu, cette dernière opina de la tête en direction d’Akhoris lui répondant dans le langage Schendien « Naye Damu ! »(Montre le sang). Otargr se retourna en face de la femme et subitement il prit un air comme flatté, voir étonné aussi, serait-ce la première fois qu’elle entendait ce langage ? Otargr esquissa alors un sourire  etrépondit dans une voix plus que rauque » Ce langage est rare et compliqué à comprendre, je peux t’apprendre quelque mots si tu veux « Son regard se rive sur son frère en souriant et lui chuchote après être venu près de lui : » det har ingen fiendtlig luft som kvinne  » ( elle n’a pas l’air hostile comme femme) C’est alors que son frère se mit à parler dans le langage de la femme, parce que oui, eux deux utilisaient le même dialecte, de plus, ils avaient les mêmes gènes quelque part. Intrigué, Otargr écoutait sans savoir quoi répondre « Ngiyabonga kakhulu » dit Akhoris vers la Shamane puis regarde son frère « Cha! C’est une amie, je l’ai rencontré quand j’occupais un campement sur les îles de Cos ».

C’est dans un rictus de réflexion qu’Otargr hôcha  de la tête, l’air de dire *aaaahhhh  d’accoooooord* puis il se mit à regarder la femme, et lui répondit « Eh bien je vais tout de même me présenter, les amis de mes amis mais surtout de mon frère sont mes amis, je suis Otargr, dernier fils du clan Torkvar du Mont Hrimgrar. « La shamane sursauta en dévisageant Akhoris et lui lança « Toi avoir secret je vois ! » puis en direction d’Otargr, elle hocha la tête « Nalia m’a parlé de toi déjà ! » puis, se redressant fièrement, elle se présenta à son tour « Mon nom est Morik’o, Taluna SSF et shamane en partie. Mes origines ne sont pas à vanter, je ne suis pas d’ici. » Otargr écoutait très attentivement la femme et hôcha la tête en entendant son nom puis sourit en voyant qu’elle avait été mise au courant par la EN  Nalia  « Mmm… donc j’imagine que tu sais quelle est ma position chez les SSF… Je suis ami avec elle, et si un jour tu as besoin, tout comme elle n’hésite pas à me faire signe. » Expliqua-t-il en portant son poing à son torse « Si je puis être utile moi et mes lames, cela me convient. »

La Shamane nommée Morik’o esquissa un petit sourire « Je sais en effet ta relation avec les Talunas. Cependant, depuis quelques temps déjà, il me brûlait l’envie d’effleurer tes lames car l’on m’a vanté tes compétences en matière de combat. Je ne regrette pas d’ailleurs. » Elle sourit plus largement, dévoilant ses canines pointues. « Merci de ta présence dans tous les cas ainsi que de l’intérêt que tu portes aux SSF ». Akhoris se mis à hocher brièvement la tête pour les saluer, il chuchote en direction de son frère « J’ai encore à faire, fais attention à toi et aux Blades mon frère » puis relève la tête en direction de Morik’o « Plaisir de t’avoir revu Mo, que les lunes vous guident » Otargr adressa comme un sourire discret en écoutant les dires de la femme, intrigué, mais à la fois fasciné de voir qu’elle était au courant de beaucoup de choses sur lui : « Je vois.. Tu en sais beaucoup. Certes, il est pour moi important de savoir me défendre, je ne me considère pas comme un guerrier invincible, mais  je sais me préserver lorsqu’il le faut, comme tout bon Nordique hein, on ne doit pas faiblir devant l’ennemi. »  dit-il en ayant toujours le sourire sur ses lèvres, ses yeux fixant les canines de la femme : « Tout le plaisir est pour moi, je suis redevable envers ceux qui ont su me donner leur confiance. ».   Morik’o s’approcha de quelques pas vers son frère, et lui déposa une bise sur la joue avant qu’il ne parte « Prends soin de toi Kiume! » et Otargr lui, regarda son frère, opinant de la tête et en lui souriant fièrement : « Aii je ferai attention mon frère, puisse les dieux veiller sur toi, et nos lames toujours être aiguisées ! » dit-il en posant sa main sur l’épaule   «  Je veillerai à faire attention. »

Le Nordique, exténué par la journée, s’agenouilla sur le sable chaud de ce désert infini et brûlant fortement, même le vent était d’une chaleur à en donner de douloureuses migraines. C’est alors que la Shamane reporta son attention sur le mâle et dans une lancée elle lui dit : « Je ne connais pas ton histoire complète avec les SSF, juste qu’il ne faut pas te toucher car précieux »  elle s’accroupie à son tour, non pas par fatigue, mais pour ne pas rester trop haute par rapport à l’homme. Otargr se mit à poser son regard sur la femme : « C’est une histoire longue et vieille comme le monde, mais une chose est sûre, j’ai gagné leur confiance car tel était le vœu d’un ancien frère qui a disparu, je suis son successeur, et porte son fardeau ainsi que sa tâche. Nadrae était son nom, alors penses-tu, tout Nordique se doit d’être redevable à l’un de ses frères  » explique-t-il en faisant des trous dans le sable avec son index. Il releva la tête vers elle et lui dit : « M’enfin, je ne sais pas si je suis précieux, je vis pour combattre, me bat pour vivre, et surtout..  Je fatigue parfois. « 
La Shamane, intriguée, inclina la tête écoutant ses dires. Nadrae ça ne lui parlait pas vraiment, elle était encore toute fraîche si l’on peut dire dans Gor pour connaître les histoires de chacun. Elle l’observa de façon minutieuse faire ses dessins dans le sable « Chaque vie est précieuse ici. Même si toi vivre pour le combat, toi être noble Shujaa (guerrier). ».  Il acquiesça tout en la détaillant : « En effet tu dis vrai, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai dû choisir si je devais tuer ou me retirer pour vivre du calme et de la pêche, j’ai essayé hein.. Mais cela n’a pas marché. »  Il marque une pause et poursuit son dessin un peu en faisant des cercles. Ce dernier prenait forme avec le temps : il avait dessiné un arbre ressemblant à un sapin…  «  J’ai su que ma vie c’était de me battre encore, encore, et encore… car un jour si je péris, j’entrerai au Valhalla et quoi qu’il arrive, je ne serais jamais jugé pour ses morts. «

La Shamane continuait de lui sourire, et au fil  de ce sourire, on pouvait voir sur elle cette mâchoire, des dents pointues, taillées par le temps ou peut-être était-ce voulu. C’est après un petit silence qu’elle se mit à lui répondre : « Un être humain né pour le combat, saurait-il se contenter d’autre chose… Je n’en suis pas certaine. Moi-même,  je suis certes shamane, cependant, Nalia me demande de moins combattre, mais c’est trop demandé. Lorsque l’on porte ça en soit, il est difficile de s’en défaire si facilement. » Elle observa le sapin, arbre nordique et se risqua « Ton territoire te manque-t-il ? »
Dans un grand moment de silence soudain, touché par les mots qu’il entendit, il la regarda avec un sourire qui se voyait un peu plus, mais il restait tout de même le plus discret possible. Atteint par les paroles de cette shamane, il acquiesse : « C’est tout à fait ça, lorsque l’on a le goût du combat on ne peut s’en défaire, je n’ai qu’une parole et je la tiendrais. »   lui dit-il en battant son poing fortement à son torse puis il reprit en regardant son dessin…  « Ca…C’est une question que l’on n’a jamais osé me poser. »  lança-t-il en traçant un cercle autour du sapin pour l’entourer : « Ca,  arbre devant ma maison au Mont Hrimgrar, ma maison est loin et détruite ». Il marqua une pause et dessina une colline en faisant les pics ainsi que le tracé de la rivière qui coupait ces collines : « Ca, Mont Hrimgrar, grande colline où mon peuple vivait. ».  Puis il releva la tête vers la femme et lui dit : « Aii, ça me manque, mais c’est pour ça que je me bats, pour un jour reconstruire ce que l’on m’a détruit. » dit-il en adressant un sourire qu’elle pourra enfin voir sur ses lèvres.

Morik’o le regarda, une onde de tristesse la transperçant. Ainsi donc, voilà ce qu’était les vestiges de son passé. Elle percevait bien cette douleur qui le suivait telle une ombre, cette cicatrice béante qui ne voulait pas encore se refermer. Il luttait pour reconstruire sa propre vie. Perdue dans ses pensées, elle saisit son petit sac à dos et en sorti une fiole de poudre bleue qu’elle ouvrit. Elle s’approcha d’Otargr et lui en déposa sur la blessure, blessure sur laquelle il lui avait proposé de s’abreuver. Elle releva légèrement la tête et dit « Cette blessure-là est superficielle comparé à ton vécu, mais cette poudre pourra la refermer ». Au fond d’elle, elle souhaita le meilleur pour cet homme. Otargr se mit à retracer une longue ligne sur le sable avec son index puis fit un espèce de triangle, un autre à côté puis un troisième en haut : « Ca, Valhalla, royaume des braves où l’on se retrouvera lorsque j’aurai périt le glaive à la main. »  explique-t-il tandis que soudainement il senti la femme venir près de lui pour lui verser une poudre inconnue à ses yeux, celle-ci était d’un bleu ciel et ne faisait pas de mal, elle en versa sur sa plaie et il écouta en même temps les dires de la shamane  avec une grande attention : « Tes paroles et ton geste me vont droit au cœur, femme, je me rappellerais de ton geste tout comme je n’oublierais jamais ton regard. »  dit-il en tendant son bras le regard rivé sur sa plaie couverte de la poudre médicinale : « Takk uendelig kvinne. » (Merci infiniment femme). Il voyait en elle une ressemblance, quelque chose de similaire, peut-être était-elle aussi loin de sa terre, des siens. Otargr se sentait bien en la présence de cette shamane : pour preuve, il la laissait l’approcher afin de le soigner.

Elle observait toujours les dessins qu’il faisait au sol enregistrant chaque détail, chaque parole avec attention « Valhalla une sorte de paradis sur Gor si je comprends bien. » Morik’o ne savait que trop dire, elle était de ceux et celles qui croyaient que lorsque le corps mourrait, l’esprit s’en allait occuper une autre enveloppe corporelle. Elle continua d’étaler la poudre jusqu’à couvrir la blessure totalement. L’herbe bleue en Gor avait de bonnes vertues autant cicatrisante mais aussi calmeuse de douleur. Elle hôcha la tête et sourit. Enfin, elle referma la fiole et la lui tendit « Garde là avec toi, elle pourra t’être utile lors de tes prochains combats. » Il hôcha la tête en écoutant la femme parler du Valhalla et lui en raconta un peu plus sur ce royaume : « Valhalla est le royaume ou nos défunts frères et soeurs se retrouvent après avoir péris ici ou au combat. Nous y buvons et combattons entre nous pour l’éternité sans souffrir à nouveau, libres, et lavés d’un honneur : celui d’avoir vécu notre vivant comme il le fallait, en combattant et en cultivant la terre de nos ancêtres et ça, en paix. »  Raconta-t-il en regardant la femme presque d’un regard triste. Cela ne lui ressemblait pas! Non ! Otargr secoua sa tête en souriant comme pour vouloir montrer un air dur et inébranlable : «  Pff.. on se relèvera toujours pour le bien de nos frères ! »  lança-t-il sûr de lui. Ses yeux regardèrent la fiole contenant la fameuse poudre qu’il considèrera plus tard comme magique une fois que sa blessure aura guérit. Amusé, mais aussi touché par ce cadeau, il saisit la petite bota et remercia d’un hochement de tête la shamane, tandis que sa main effleura la sienne… : «  Ohh… qu’Odin te bénisse, kvinne, (femme) je… j’en ferai bonne usage et… taakk… »  Gêné il était. Mais sans le montrer, il garda la fiole dans sa main en la serrant fortement et en la pressant contre son coeur.  Elle l’écoutait vanter ce monde, enviant cet endroit secrètement. Elle surprit un bref instant son regard triste, presque désireux, puis le voyant se reprendre avec plus de fermeté, elle sourit.

Derrière chaque force, se situait toujours une faiblesse qu’on le veuille ou non. Elle ne dit rien par respect pour lui mais admira son courage et sa détermination à avancer toujours dans un chemin droit. Elle se recula ensuite puis senti un léger frôlement le long de sa main. Morik’o n’aimait pas être touchée ni même être effleurée par un quelconque mâle, mais pour une fois, elle ne dit rien le sachant pas hostile. Elle regarda soudain le ciel soucieuse. Le soleil s’était déplacé bien vite. Elle n’avait pas vu le temps passer. Elle se releva et glissa son sac au dos. «Vois m’en désolée, mais je dois partir. Nous nous reverrons sûrement. En attendant, que les dieux soient sur ta route et qu’ils te protègent, il n’est pas l’heure pour toi de tomber encore.». Elle rit doucement de ses derniers mots.
Il esquissa un dernier sourire à la shamane et inclina la tête respectueusement : « Puisse les dieux veiller sur ta route Shamane : je prierais pour toi, afin que les dieux puisse te bénir et te donner la force lors de tes prochaines quêtes. ». Il se releva à son tour en adressant un sourire doux puis rangea la fiole dans sa besace… «Takk pour tout Shamane, je n’oublierais jamais.».  Elle tourna les talons, souriante puis leva la main en l’air et l’agita pour saluer Otargr  « A bientôt ! ».

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